Dans les années 1930, la Côte d’Azur s’impose comme une terre d’accueil majeure pour les orchestres de jazz. Nice, Cannes, Juan-les-Pins et Monte-Carlo voient défiler des formations venues de France, d’Angleterre, des États-Unis ou d’Europe, dans une effervescence musicale qui précède l’âge des grands festivals.
Les années 1930 marquent une étape essentielle dans l’histoire du jazz sur la Côte d’Azur. Après les premières apparitions des années 1910 et 1920, le jazz s’installe plus durablement dans le paysage azuréen. Il n’est plus seulement une curiosité venue accompagner les soirées dansantes : il devient une présence régulière dans les casinos, les palaces, les dancings et les grands établissements de saison.
À Nice, Cannes, Juan-les-Pins, Beaulieu ou Monte-Carlo, les orchestres se succèdent au rythme des saisons. Les documents d’archives mentionnent une multitude de formations : Billy Arnold Jazz Band, Tom Waltham & His Ad Lib’s, Ray Ventura et ses Collégiens, Grégor et ses Grégoriens, Eddie Ritten Orchestra, Walberg Orchestra, Willie Lewis & His Entertainers, Berson Brothers, Lartigueult, Roland Dorsay et ses Cadets ou encore Frank Big Boy Goodie.
Cette densité dit beaucoup de l’attractivité de la Riviera à cette époque. La Côte d’Azur attire les musiciens de passage, les orchestres de tournée, les solistes confirmés et les formations de danse qui accompagnent la vie mondaine. Le jazz circule alors entre les scènes françaises, anglaises, américaines et européennes, dans un mouvement permanent entre Paris, Londres, New York, Monte-Carlo, Nice et Cannes.
La décennie est aussi marquée par des présences majeures. Louis Armstrong se produit au Casino municipal de Nice en janvier 1935. Stéphane Grappelli apparaît à plusieurs reprises sur la Côte, notamment à Nice, Monte-Carlo et Cannes. Django Reinhardt est également signalé dans la région au début des années 1930, avant de devenir l’une des figures incontournables du jazz européen.
Mais l’intérêt de cette période ne repose pas seulement sur les grands noms. Elle révèle surtout l’existence d’un véritable réseau musical azuréen. Des musiciens locaux côtoient des artistes internationaux. Des orchestres de danse croisent des solistes de jazz. Les hôtels et casinos deviennent des lieux de diffusion, de rencontre et parfois d’expérimentation.
Avant même la création des festivals modernes, la Riviera fonctionne déjà comme une scène ouverte. Elle accueille, mélange, fait circuler. Les années 1930 donnent ainsi à la Côte d’Azur une place singulière dans l’histoire du jazz : celle d’un territoire cosmopolite, élégant et vivant, où la musique accompagne autant les nuits mondaines que les premières formes d’un jazz européen en construction.

