Les années 1940 sont une période complexe, traversée par la guerre, l’Occupation puis la Libération. Pourtant, les documents consacrés aux formations présentes sur la Côte d’Azur montrent que le jazz ne disparaît pas. Il change de contexte, se déplace, s’adapte, mais continue d’exister dans les casinos, les hôtels, les clubs, les établissements de saison et les orchestres locaux.
À Nice, le Casino municipal reste un lieu important. On y retrouve notamment le Fred Adison Orchestra, réfugié à Nice dès 1941, puis actif jusqu’à la fin de l’année 1942. Ray Ventura et ses Collégiens font également partie des formations signalées à Cannes et Nice en 1941, avant l’exil en Suisse d’une partie de l’orchestre.
La période voit aussi passer de grandes figures du jazz français et européen. Le Quintette du Hot Club de France, avec Django Reinhardt, effectue une tournée sur la Côte d’Azur en 1942. Son frère Joseph Reinhardt apparaît également dans la région, notamment à Bagatelle de Nice, puis sur les scènes marseillaises et toulonnaises. À côté de ces noms majeurs, de nombreux musiciens locaux ou installés sur la Côte tiennent la scène : Aimé Barelli, Marcel Bianchi, Fred Raoux, Tony Rainaud, Géo Mouque, Henri Salvador, ou encore les frères Rossotti.
Après la Libération, l’activité reprend avec une énergie nouvelle. Les orchestres se reforment, les bals et les cabarets retrouvent leur place, les hôtels et les casinos relancent les saisons. Joséphine Baker et Jo Bouillon apparaissent dans cette chronologie avec l’orchestre de Jo Bouillon pour les soldats alliés. On note aussi la présence du Sextette du Hot Club de Grasse en 1946, symbole d’un jazz qui ne vit pas seulement dans les grands centres urbains, mais irrigue aussi l’arrière-pays et les villes de la région.
Cette décennie rappelle combien le jazz azuréen s’est construit dans la continuité. Malgré les ruptures historiques, la Côte d’Azur reste un territoire de musique, de passage et de résistance culturelle. Le jazz y devient plus qu’un divertissement : une manière de maintenir le lien, la fête, la liberté et la circulation des artistes.

