Miles Davis et la Côte d’Azur — Épisode 3/6
Avec la série « Miles Davis et la Côte d’Azur », Riviera Jazz Club retrace près de trente années de concerts, de la Pinède Gould aux Arènes de Cimiez. Troisième épisode : le concert du 20 juillet 1973, lorsque Miles Davis présente à Juan-les-Pins l’une de ses musiques les plus radicales.
Dix ans ont passé depuis les premières soirées de 1963. Lorsque Miles Davis revient à la Pinède en juillet 1973, son univers musical a été entièrement bouleversé.
À ses côtés se trouvent Dave Liebman aux saxophones et à la flûte, Pete Cosey et Reggie Lucas aux guitares, Michael Henderson à la basse électrique, Al Foster à la batterie et James Mtume aux percussions. Miles joue de la trompette, mais intervient également à l’orgue.
Le quintette acoustique a disparu. La musique avance désormais par longues séquences, portée par les lignes répétitives de la basse, les guitares électriques, les percussions et les changements d’intensité.
Le groupe interprète notamment Turnaroundphrase, Tune in 5, Zimbabwe et Ife. Les compositions ne servent plus de simples cadres à une succession de solos. Elles deviennent des structures ouvertes à l’intérieur desquelles le son et le rythme peuvent circuler librement.
Pete Cosey occupe une place essentielle dans ce dispositif. Sa guitare, tour à tour abrasive, percussive ou saturée, contribue à créer une musique qui semble parfois aussi proche du funk psychédélique et du rock expérimental que du jazz traditionnel.
La trompette de Miles ne domine plus constamment l’ensemble. Elle apparaît, disparaît, lance une direction puis laisse les autres musiciens prolonger son idée.
Cette nouvelle esthétique a pu dérouter une partie du public. Certains attendaient encore le Miles Davis de Kind of Blue ou des grands quintettes. Lui refusait déjà de revenir en arrière.
À seulement dix années de distance, Juan-les-Pins avait ainsi accueilli deux formations qui semblaient appartenir à des univers différents.
En 1963, Miles renouvelait le quintette acoustique. En 1973, il remettait en question l’idée même de ce que pouvait être un groupe de jazz.
La Pinède n’a donc pas seulement reçu les périodes les plus accessibles de son œuvre. Elle a également ouvert sa scène à un Miles Davis plus physique, plus électrique et presque hypnotique.
Miles ne revenait pas à Juan-les-Pins pour célébrer sa légende. Il y revenait pour la mettre en danger.

