Cofondatrice et organisatrice de la Grande Parade du Jazz de Nice aux côtés de George Wein, Simone Ginibre a joué un rôle essentiel dans l’histoire du jazz sur la Côte d’Azur. Ancienne chanteuse, agente, femme de réseau et passeuse d’artistes, elle a contribué à faire de Nice l’un des grands rendez-vous internationaux du jazz.
Dans l’histoire du jazz, certaines figures restent volontairement en retrait de la scène, mais leur influence se lit partout : dans les affiches, les rencontres, les artistes réunis, l’esprit d’un festival. Simone Ginibre appartient à cette famille-là. Celle des femmes de l’ombre qui n’ont jamais eu besoin d’être au centre pour changer durablement le paysage musical.
Son nom est indissociable de la Grande Parade du Jazz de Nice, cette aventure qui installe, à partir des années 1970, le jazz dans le décor exceptionnel des jardins de Cimiez. Aux côtés du producteur américain George Wein, créateur du Newport Jazz Festival, Simone Ginibre participe à donner à Nice une dimension internationale. La ville ne se contente plus d’accueillir des concerts : elle devient un rendez-vous, une destination, presque un théâtre à ciel ouvert pour les plus grands musiciens du monde.
Avant d’être cette grande figure de l’organisation jazzistique, Simone Ginibre fut elle-même chanteuse, sous le nom de Simone Chevalier. Ce détail est important. Il rappelle qu’elle ne venait pas au jazz comme une simple administratrice ou une personnalité extérieure. Elle connaissait la scène, les musiciens, le rythme particulier de cette musique, ses exigences, ses fragilités, ses fidélités. Elle appartenait déjà à ce monde avant de contribuer à l’organiser.
La Grande Parade du Jazz n’était pas un festival comme les autres. À Cimiez, les concerts se déployaient dans un décor unique : les oliviers, les arènes, la mémoire romaine, la proximité du musée Matisse, la lumière de Nice. Plusieurs scènes permettaient aux musiciens de se succéder, de se croiser, de prolonger les concerts en rencontres et en jam sessions. Cette forme avait quelque chose de foisonnant, presque organique. Elle correspondait parfaitement à l’esprit du jazz : une musique de circulation, de dialogue, d’imprévu.
Dans cette mécanique artistique, Simone Ginibre jouait un rôle essentiel. Elle connaissait les artistes, savait les faire venir, les accueillir, les accompagner. Elle faisait partie de ces personnalités capables de créer la confiance entre un festival, une ville et des musiciens. Or le jazz repose beaucoup sur cela : la confiance. Une poignée de main, une fidélité, une parole tenue, une manière de comprendre les artistes autrement que comme de simples noms sur une affiche.
Son histoire croise celle de très grands musiciens. On sait sa proximité avec Miles Davis, qu’elle connaissait depuis ses premiers séjours parisiens. Elle fait partie de ces personnes qui ont accompagné, de près ou de loin, la circulation des jazzmen américains en Europe. À une époque où la France représente pour beaucoup d’artistes afro-américains un espace de reconnaissance, de liberté et parfois de respiration, des figures comme Simone Ginibre jouent un rôle de relais essentiel.
Avec George Wein, elle contribue à faire de Nice un lieu où le jazz se vit en grand. La Grande Parade accueille les géants de toutes les générations : le swing, le bebop, le hard bop, le jazz vocal, le blues, les musiques afro-américaines, les nouvelles formes. Le festival n’est pas seulement une vitrine prestigieuse. Il devient un lieu de mémoire vivante, où les anciens côtoient les modernes, où les légendes dialoguent avec les musiciens en train d’écrire la suite.
Ce qui frappe dans le parcours de Simone Ginibre, c’est cette capacité à relier les mondes. Elle relie la scène et les coulisses, les artistes et les institutions, Nice et les États-Unis, la mémoire du jazz et son présent. Elle incarne une époque où un festival pouvait encore se construire autour de relations humaines fortes, d’intuitions artistiques, d’un goût du risque et d’une vraie connaissance des musiciens.
Sa disparition, en 2018, a été saluée comme celle d’une grande dame du jazz niçois. Et ce mot n’a rien d’exagéré. Car l’histoire d’un festival ne s’écrit pas seulement avec ceux qui montent sur scène. Elle s’écrit aussi avec celles et ceux qui imaginent les rencontres, tiennent les fils, défendent une exigence et donnent à une ville une place dans la cartographie mondiale du jazz.
Raconter Simone Ginibre aujourd’hui dans Riviera Jazz Club, c’est rappeler que Nice doit une part de sa légende jazz à des personnalités qui ont su penser plus grand que l’événement lui-même. Avec la Grande Parade, elle a contribué à transformer Cimiez en territoire de jazz, à inscrire la ville dans une histoire internationale et à faire de la Côte d’Azur un lieu de rendez-vous pour les musiciens du monde entier.
Simone Ginibre reste ainsi l’une des figures essentielles de cette mémoire azuréenne : une femme de scène devenue femme de liens, une organisatrice visionnaire, une présence discrète mais décisive. Dans le grand récit du jazz à Nice, son nom continue de résonner derrière chaque souvenir de Cimiez, chaque affiche mythique, chaque nuit où la musique semblait appartenir à toute la ville.

