Le Nice Jazz Orchestra est né d’une idée simple et ambitieuse : les meilleurs solistes de la Côte d’Azur devaient pouvoir se retrouver dans un grand orchestre capable de porter une voix commune. Depuis 2008, cette formation relie l’histoire des big bands, l’école du jazz niçois, la création contemporaine et le désir de transmettre une musique vivante.
Octobre 2008 : rassembler une scène dispersée
Le Nice Jazz Orchestra est fondé en octobre 2008 à l’initiative de Pierre Bertrand, Christian Pachiaudi et Alain Asplanato. Tous connaissent la richesse de la scène régionale, mais aussi sa dispersion : les musiciens travaillent dans de nombreux groupes, accompagnent des artistes de passage, enseignent et participent aux festivals sans disposer toujours d’un grand ensemble permanent.
Un orchestre de jazz de cette dimension représente un défi économique et artistique. Il faut réunir près de dix-sept instrumentistes, écrire ou commander des arrangements, organiser des répétitions et construire un répertoire suffisamment singulier pour ne pas être une simple reconstitution des big bands du passé.
Une direction collective et des personnalités fortes
La direction musicale est confiée au saxophoniste, compositeur et arrangeur Pierre Bertrand. Christian Pachiaudi et Alain Asplanato assurent la direction artistique, tandis que le trompettiste André Ceccarelli devient président d’honneur. Cette organisation associe écriture, connaissance du territoire et expérience de la scène internationale.
L’orchestre fonctionne comme une communauté de solistes. Les pupitres doivent posséder la précision d’un ensemble tout en laissant émerger les personnalités. Le grand orchestre ne gomme donc pas l’individu : il crée un cadre dans lequel chaque voix peut prendre sens.
Les musiciens de la Côte d’Azur au premier plan
Les premières formations réunissent notamment Jean-Christophe Di Costanzo, Ludovic Tallarico, Jean-Marc Baccarini, Benjamin Boutant, Frédéric Luzignant, Francesco Castellani, Alex Perdigon, Joël Chausse, François Chassagnite, Philippe Bleuez, Philippe Giulli, Tony Russo, Frédéric d’Oelsnitz, Amaury Filliard, Christian Pachiaudi et Alain Asplanato. La composition évolue au fil des projets, mais le principe demeure : mettre en valeur les musiciens originaires de la région ou durablement engagés dans sa vie musicale.
Ce choix donne une visibilité collective à une scène que le public découvre souvent de manière fragmentée. Un musicien entendu dans un club, un festival ou une classe du Conservatoire apparaît ici au sein d’un paysage sonore plus large.
« Festival » : un premier manifeste
Le premier album, Festival, paraît en 2011. Son titre inscrit immédiatement l’orchestre dans l’histoire de la Riviera, mais le programme ne se contente pas d’évoquer le passé. Il comprend des compositions et des arrangements qui donnent au territoire une traduction musicale actuelle, avec des titres comme Haut de Cagnes ou Grande Parade Boogaloo.
Ces œuvres montrent qu’un patrimoine peut devenir une matière de création. Les noms de lieux, les souvenirs de festivals et les rythmes associés à la Côte d’Azur ne sont pas figés dans la nostalgie : ils servent à écrire une musique nouvelle.
Une tradition tournée vers l’avenir
Le Nice Jazz Orchestra revendique l’héritage de « l’école du jazz de Nice », chère notamment à Barney Wilen. Cette expression ne désigne pas un style unique. Elle renvoie à un territoire de formation et de rencontres, façonné par le Conservatoire, les clubs, les festivals et la présence régulière de musiciens internationaux.
L’orchestre défend les compositeurs français et européens, propose de nouvelles orchestrations et organise des croisements avec d’autres formes artistiques. Le swing et le groove demeurent essentiels, mais ils ne sont pas traités comme un musée sonore.
Du Conservatoire à la scène professionnelle
Le lien avec le Conservatoire de Nice est à la fois symbolique et concret. La ville a été l’un des laboratoires précoces de l’enseignement institutionnel du jazz. Plusieurs générations de musiciens ont ensuite fait circuler ce savoir entre les classes, les clubs et les orchestres. Le Nice Jazz Orchestra offre à cette histoire une forme visible : celle d’un grand ensemble professionnel ancré dans la région.
Cette continuité est essentielle. Une classe de jazz ne prend tout son sens que si les élèves trouvent des scènes, des partenaires et des projets ambitieux. Inversement, un orchestre ne peut durer sans transmission ni renouvellement des générations.
Un bien commun musical
Le Nice Jazz Orchestra montre que le jazz azuréen ne se résume pas aux artistes venus jouer l’été. Le territoire possède ses compositeurs, ses arrangeurs, ses solistes et une culture d’ensemble. Leur réunion produit plus qu’une addition de talents : elle construit une mémoire collective et une capacité de création.
Dans l’histoire du jazz sur la Côte d’Azur, le NJO représente donc un passage important : celui d’une scène locale reconnue comme une force artistique capable de raconter elle-même son territoire.
Sources et repères
- Nice Jazz Orchestra — site officiel
- Nice Jazz Orchestra — direction et projet artistique
- Cristal Records — création de l’orchestre et album Festival