Trompettiste majeur du jazz français, François Chassagnite a profondément marqué la scène azuréenne. Installé à Nice, enseignant au conservatoire, musicien de scène, de clubs et de transmission, il laisse le souvenir d’un artiste élégant, lyrique et profondément habité, dont la trompette continue de résonner dans la mémoire du jazz sur la Côte d’Azur.
Il y a des musiciens dont la présence dépasse largement la scène sur laquelle ils jouent. François Chassagnite appartenait à cette famille-là : celle des artistes que l’on reconnaît à une sonorité, une manière de phraser, une façon d’habiter la musique avec pudeur et intensité.
Né en 1955 à Ussel, en Corrèze, François Chassagnite n’était pas originaire de la Côte d’Azur. Pourtant, c’est à Nice qu’il a fini par inscrire une part essentielle de son histoire. Trompettiste de jazz, chanteur, pédagogue et musicien profondément respecté par ses pairs, il est devenu au fil des années l’une des figures importantes de la scène jazz azuréenne.
Son parcours commence loin des clichés habituels du musicien de jazz. Il découvre le cornet très jeune, à l’âge de onze ans, au Prytanée national militaire de La Flèche. Plus tard, il poursuit des études vétérinaires à l’École nationale vétérinaire d’Alfort et soutient sa thèse au début des années 1980. Mais la musique l’emporte rapidement. Après quelques mois de pratique vétérinaire, il choisit définitivement le jazz.
Ce choix n’a rien d’un détour romantique. François Chassagnite arrive dans la musique avec une exigence, une culture et une écoute déjà très affirmées. Il joue d’abord en amateur, puis entame une carrière professionnelle au début des années 1980. Très vite, il se fait remarquer parmi les trompettistes de sa génération. Son jeu, à la fois brillant et sensible, porte l’influence des grandes figures de la trompette jazz, mais refuse l’imitation facile. Chez lui, la virtuosité n’est jamais gratuite : elle sert toujours une ligne mélodique, une respiration, une émotion.
Une rencontre occupe une place particulière dans son imaginaire musical : Chet Baker. François Chassagnite lui consacrera d’ailleurs un hommage discographique, comme une manière d’assumer cette filiation entre trompette et chant, entre fragilité et lumière. Car Chassagnite était aussi chanteur. Sa voix, comme sa trompette, privilégiait l’élégance, le souffle, la nuance.
Dans les années 1980, il entre dans plusieurs formations importantes du jazz français. Il fait partie du premier Orchestre National de Jazz, dirigé par François Jeanneau, en 1986. Il rejoint ensuite le Big Band Lumière de Laurent Cugny, qui part notamment en tournée avec Gil Evans. Ces expériences le placent au cœur d’une génération de musiciens qui contribue à structurer le jazz français contemporain, entre grands ensembles, compositions originales, ouverture internationale et exigence orchestrale.
Mais c’est sur la Côte d’Azur que François Chassagnite a trouvé un ancrage profond. À Nice, il devient professeur de trompette jazz au conservatoire à partir de la fin des années 1990. Il enseigne également à Cannes et à Cagnes-sur-Mer, tout en participant à des stages de jazz, notamment à Marciac. Cette dimension pédagogique est essentielle : Chassagnite n’était pas seulement un soliste reconnu, il fut aussi un passeur. Il a transmis une manière d’écouter, de respirer, de respecter la musique.
Sur la scène azuréenne, son nom revient avec une évidence particulière. Il joue dans les clubs, les festivals, les studios et les projets collectifs de la région. Le Studio 26 d’Antibes accueille plusieurs de ses enregistrements, dont Un Poco Loco et son dernier album Chat Ssagnite, enregistré en 2010. Il participe aussi à l’aventure du Nice Jazz Orchestra de Pierre Bertrand, notamment sur l’album Festival, sorti en 2011.
Cette présence locale dit beaucoup de son importance. François Chassagnite appartenait à ces musiciens capables de relier la scène nationale au territoire. Il avait joué avec des grands noms, participé aux grandes formations, enregistré en leader, mais il restait aussi profondément inscrit dans la vie musicale d’ici. Nice, Antibes, Cannes, Cagnes-sur-Mer : autant de lieux où son enseignement, ses concerts et ses collaborations ont laissé une trace.
Son dernier concert, la veille de sa disparition, eut lieu dans un club niçois. Cette donnée bouleverse parce qu’elle résume presque toute une vie : jusqu’au bout, François Chassagnite est resté musicien de scène, au contact direct du public, des partenaires et de cette énergie fragile qui fait le jazz. Il meurt à Nice en avril 2011, à seulement 55 ans.
Raconter François Chassagnite dans l’histoire de Riviera Jazz Club, c’est rappeler que la Côte d’Azur ne se résume pas aux grandes affiches de passage. Elle a aussi été habitée par des musiciens qui y ont enseigné, enregistré, joué, transmis. Des artistes qui ont façonné une scène locale exigeante, vivante et profondément musicale.
François Chassagnite laisse l’image d’un trompettiste sensible, d’un musicien complet, d’un pédagogue aimé et d’un homme de jazz au sens le plus noble du terme. Sa trompette n’appartenait pas au bruit du monde, mais à ses respirations les plus fines.

