La soirée du jeudi 23 juillet affiche désormais complet. Pour ouvrir le Nice Jazz Fest 2026, Sting retrouvera la place Masséna avec Sting 3.0, son trio formé avec Dominic Miller à la guitare et Chris Maas à la batterie. Une formule resserrée pour un musicien qui, près de cinquante ans après la naissance de The Police, continue de traiter son propre répertoire comme une matière vivante.

Il y a des artistes dont les chansons ont fini par se confondre avec nos souvenirs. Quelques notes suffisent et tout revient : une époque, un visage, une route, parfois une histoire que l’on croyait oubliée. Sting appartient à cette catégorie rare. Pourtant, sa longévité ne tient pas seulement à la puissance de titres devenus universels. Elle tient aussi à son refus de les laisser se figer.
Près de cinquante ans de musique, sans jamais s’installer dans le passé
Lorsque The Police se forme en 1977, Sting impose déjà une voix, une basse et une manière singulière de déplacer les lignes. Le rock y rencontre le reggae, la tension punk se mêle à une écriture harmonique beaucoup plus sophistiquée qu’elle n’en a l’air. En quelques années, le trio construit l’un des répertoires les plus immédiatement reconnaissables de la fin du XXe siècle.
La carrière solo qui s’ouvre au milieu des années 1980 ne consiste pas à prolonger mécaniquement cette histoire. Sting change d’échelle, de couleurs et de partenaires. Il traverse la pop, les musiques du monde, la musique classique, les traditions anciennes et le jazz avec une curiosité qui demeure sans doute l’un des secrets de sa durée.
On pourrait résumer son parcours par les chiffres, les récompenses ou les millions d’albums vendus. Ils disent l’ampleur du phénomène, mais pas l’essentiel. Ils ne racontent ni la souplesse de sa basse, ni cette façon de placer une mélodie légèrement à côté de l’endroit attendu, ni le goût d’un artiste pour les musiciens capables de bousculer ses propres habitudes.
Le jazz n’a jamais été loin
La présence de Sting au Nice Jazz Fest ne relève pas d’un simple élargissement de programmation. Le jazz accompagne son parcours depuis longtemps. Pour son premier grand album solo, The Dream of the Blue Turtles, il choisissait déjà de s’entourer de Branford Marsalis, Kenny Kirkland, Omar Hakim et Darryl Jones. Non pour se déclarer soudainement chanteur de jazz, mais pour placer ses chansons entre les mains de musiciens capables de les ouvrir.
C’est peut-être là que se situe son lien le plus profond avec cette musique : dans l’écoute, dans le risque et dans l’idée qu’une composition n’est jamais totalement achevée. Une chanson peut changer de tempo, d’espace ou de respiration. Elle peut retrouver une nervosité ancienne ou révéler, plusieurs décennies plus tard, une fragilité que l’on n’avait pas encore entendue.
Dominic Miller, bien davantage que « le guitariste de Sting »
Auprès de Sting, Dominic Miller occupe une place à part. Le présenter comme son fidèle guitariste est exact, mais terriblement réducteur. Leur compagnonnage remonte à The Soul Cages, en 1991. Depuis, Miller a participé à tous les albums de Sting, partagé avec lui des milliers de concerts et cosigné notamment Shape of My Heart et La Belle Dame sans regrets.
Est-il un jazzman ? Le mot peut lui convenir à condition de ne pas l’enfermer. Son jeu se situe à la rencontre du jazz, de la guitare classique, des musiques sud-américaines et d’un art très européen du silence. Ses disques personnels publiés par ECM l’ont installé dans un paysage où comptent moins la démonstration que la couleur, le souffle et la qualité de l’écoute.
Dominic Miller ne cherche jamais à occuper tout l’espace. Il sait laisser une note se prolonger, attendre avant de répondre, construire une tension avec presque rien. Cette économie n’est pas une retenue : c’est une forme de maîtrise. Elle explique sans doute pourquoi Sting lui confie depuis plus de trente ans une part si essentielle de son architecture musicale.
Dans Sting 3.0, cette relation devient plus visible encore. À trois, personne ne peut se dissimuler derrière l’épaisseur d’un grand orchestre. La basse, la guitare et la batterie doivent à la fois soutenir les chansons et leur laisser de l’air. Chris Maas, passé notamment par les univers de Mumford & Sons et Maggie Rogers, apporte au trio une énergie directe, physique, sans alourdir la musique.
Sting 3.0, revenir à l’os des chansons
Cette formule évoque naturellement The Police : trois musiciens, une pulsation tendue et un espace immense entre les instruments. Mais il ne s’agit pas de reconstituer un passé glorieux. Sting ne monte pas sur scène pour jouer sa propre statue. Il revient au trio pour éprouver à nouveau ses chansons, entendre ce qu’elles conservent de neuf lorsqu’on retire les couches accumulées au fil des tournées.
Dans ce cadre, les grands titres ne fonctionnent plus seulement comme des repères familiers. Ils retrouvent leur ossature. La ligne de basse redevient un personnage, la guitare de Dominic Miller déplace la lumière et la batterie de Chris Maas maintient l’ensemble dans un équilibre constamment mobile.
Ce dépouillement est peut-être la manière la plus juste de célébrer près de cinquante ans de carrière. Non par une rétrospective solennelle, mais par le mouvement. Non en demandant au public de contempler ce qui fut, mais en lui faisant entendre ce que ces chansons peuvent encore devenir aujourd’hui.
Une première soirée à guichets fermés
Que cette soirée inaugurale soit complète n’a donc rien d’étonnant. Plusieurs générations se retrouveront devant la même scène, mais pas nécessairement devant le même souvenir. Certains ont découvert Sting avec The Police. D’autres l’ont rencontré à travers ses albums solo, le cinéma, les reprises ou ces chansons qui ont continué à circuler bien après leur sortie.
Le jeudi 23 juillet, à 23 heures, la place Masséna accueillera un artiste dont le répertoire fait désormais partie de la mémoire populaire, accompagné de deux musiciens qui l’empêchent précisément de devenir un musée. C’est toute la promesse de Sting 3.0 : retrouver l’évidence des chansons, mais ne jamais les considérer comme acquises.
Avant même la première note, le Nice Jazz Fest tient ainsi son premier rendez-vous à guichets fermés. Quelques pass trois jours incluant l’accès au jeudi 23 juillet restent annoncés par le festival, sous réserve de disponibilité.
Sting — Nice Jazz Fest 2026
Jeudi 23 juillet 2026 à 23 heures
Scène Masséna, Nice
Soirée complète — quelques pass trois jours encore annoncés
Photographie promotionnelle officielle : © Carter B. Smith / Sting.com.
Sources officielles : Nice Jazz Fest, Sting.com, ECM Records et Dominic Miller.