Quelques semaines après avoir reçu la Victoire du Jazz 2026 de l’Album pour Song for Abbey, Marion Rampal viendra présenter ce projet le mardi 28 juillet dans le Labyrinthe Miró de la Fondation Maeght. Un hommage à Abbey Lincoln qui ne cherche ni l’imitation ni la reconstitution, mais choisit la voie plus délicate de la transmission : faire circuler une œuvre, lui redonner du mouvement et écouter ce qu’elle peut encore nous dire aujourd’hui.

Il y avait, au mois de mai, les heureux invités du Studio 104 de la Maison de la Radio et de la Musique. Ceux qui ont assisté à la remise des Victoires du Jazz ont vu Song for Abbey être distingué comme Album de l’année. Pour les autres, il aura fallu être patients. Mais l’attente a finalement choisi l’un des plus beaux cadres possibles : un concert en plein air, au cœur de la Fondation Maeght, sous le ciel de Saint-Paul-de-Vence.
La récompense parisienne avait consacré un disque. Le 28 juillet, il faudra venir entendre ce qu’il devient sur scène, lorsque les chansons quittent l’objet enregistré pour retrouver l’air, le risque et la présence des musiciens.
Une Victoire du Jazz qui récompense bien davantage qu’un hommage
Marion Rampal arrivait aux Victoires du Jazz 2026 avec trois nominations : artiste vocale, concert et album. Song for Abbey a finalement remporté la Victoire de l’Album, quatre ans après une première récompense obtenue par la chanteuse dans la catégorie artiste vocale.
Ce nouveau prix dit la place qu’elle occupe désormais dans le jazz français, mais il reconnaît surtout la cohérence d’une démarche. Marion Rampal ne s’est jamais contentée d’habiter une catégorie. Sa musique circule entre le jazz, le blues, le folk, la chanson et les mémoires créoles. Elle avance par correspondances, par sensations, par liens secrets entre des répertoires que l’on avait pris l’habitude de séparer.
Avec Song for Abbey, cette liberté trouve une figure tutélaire. Abbey Lincoln fut une chanteuse immense, mais également une compositrice, une actrice et une femme engagée qui refusa de laisser les autres définir sa place. Son œuvre ne demande pas seulement une belle voix pour être reprise. Elle réclame une pensée, une position, une manière personnelle d’habiter les mots.
Abbey Lincoln, la rencontre d’une vie d’artiste
Marion Rampal découvre Abbey Lincoln à dix-neuf ans, lorsqu’un disque offert par sa mère ouvre devant elle un territoire nouveau. La rencontre ne produit pas immédiatement un projet. Elle s’installe plus profondément. Les albums accompagnent les années, les chansons reviennent, certaines questions demeurent.
Entre-temps, Marion Rampal construit son propre langage. Elle écrit, enregistre, voyage entre les répertoires et travaille longuement aux côtés d’Archie Shepp, qui avait lui-même partagé la musique d’Abbey Lincoln. Peu à peu, l’idée d’un hommage cesse d’être un désir lointain. Elle devient une responsabilité : comment reprendre cette œuvre sans la réduire à quelques standards, sans en lisser les aspérités et, surtout, sans emprunter une voix qui n’est pas la sienne ?
La réponse se trouve dans le titre même du projet. Song for Abbey n’est pas un disque « à la manière de ». C’est une chanson adressée. Une offrande faite depuis le présent, avec la mémoire d’Abbey Lincoln mais aussi avec la personnalité de Marion Rampal et de ses musiciens.
Ne pas copier la voix, prolonger l’élan
Le piège d’un hommage à une artiste aussi singulière serait de confondre fidélité et imitation. Marion Rampal prend exactement le chemin inverse. Elle ne reproduit ni les inflexions d’Abbey Lincoln ni les arrangements de ses disques. Elle conserve l’esprit d’indépendance qui traversait son travail et lui cherche une forme nouvelle.
Le répertoire rassemble ainsi des compositions d’Abbey Lincoln, des chansons qu’elle avait elle-même interprétées, des pièces venues d’autres horizons et une création originale. Sur l’album, Archie Shepp prête sa voix à Remember the People, tandis que Bill Frisell fait entendre sa guitare sur Skylark. Ces présences ne transforment pas le disque en réunion de prestige : elles élargissent la conversation autour de la mémoire, de la transmission et de ce que les musiciens se lèguent les uns aux autres.
Sur scène à Saint-Paul-de-Vence, Marion Rampal sera entourée du quintette qui porte véritablement cette musique : Matthis Pascaud à la guitare, Simon Tailleu à la contrebasse, Raphaël Chassin à la batterie et Thibault Gomez au piano et au Prophet.
Matthis Pascaud et la matière sonore de Song for Abbey
Matthis Pascaud occupe une place essentielle dans le projet. Guitariste, arrangeur et réalisateur de l’album, il ne construit pas un décor derrière la voix. Il imagine avec Marion Rampal une matière souple, capable de passer de la confidence à une pulsation plus terrienne, du dépouillement acoustique à des couleurs électriques.
La contrebasse de Simon Tailleu donne sa profondeur à l’ensemble. La batterie de Raphaël Chassin sait installer le mouvement sans alourdir la parole. Les claviers de Thibault Gomez ouvrent des perspectives plus contemporaines, parfois presque irréelles. Dans cet équilibre, la voix ne domine pas : elle circule. Elle s’appuie, résiste, se retire et revient autrement.
C’est là que Song for Abbey devient pleinement un projet de jazz. Non parce qu’il faudrait lui attribuer une étiquette, mais parce que chaque morceau demeure ouvert. L’arrangement donne un cadre ; l’écoute et l’instant décident du reste.
La Fondation Maeght, un écrin qui change l’écoute
Le lieu comptera autant que le programme. Le Labyrinthe Miró n’est pas une salle que l’on pourrait retrouver à l’identique dans une autre ville. La pierre, les sculptures, les pins et le ciel composent un espace où les œuvres et la nature paraissent continuer leur conversation après la fermeture des portes.
Dans ce cadre en plein air, la musique de Marion Rampal devrait trouver une respiration particulière. Les chansons d’Abbey Lincoln ont toujours porté quelque chose de profondément terrestre et spirituel à la fois. Elles parlent du monde réel, de ses violences, de la dignité et de la nécessité de rester soi-même. Mais elles savent aussi ouvrir des paysages, laisser passer les oiseaux, la lumière et le silence.
Saint-Paul-de-Vence offrira à cette musique un environnement à sa mesure : beau sans être décoratif, prestigieux sans être solennel, chargé d’histoire mais tourné vers la création vivante.
De Paris à Saint-Paul-de-Vence, le temps de la scène
Une Victoire du Jazz fixe un instant. Elle inscrit un nom et un album dans le palmarès d’une année. Un concert fait exactement le contraire : il rend tout à nouveau fragile. Il faut recommencer, retrouver le souffle, écouter les autres et accepter que la musique prenne un chemin différent de celui prévu.
C’est pour cela que la soirée du 28 juillet dépasse la simple présentation d’un disque récompensé. Elle permettra d’entendre une artiste au moment précis où son travail reçoit une reconnaissance nationale, sans que cette reconnaissance ne semble interrompre sa recherche.
Si l’on n’a pas fait partie des chanceux présents à Paris pour la remise des prix, on aura donc bien fait d’attendre. La Victoire sera arrivée jusqu’à nous, mais débarrassée du protocole, rendue au plein air et à la nuit. Dans le Labyrinthe Miró, Marion Rampal ne viendra pas brandir une récompense. Elle viendra faire ce qui lui a permis de l’obtenir : chanter avec liberté, intelligence et cette manière très personnelle de transformer la mémoire en musique vivante.
Marion Rampal Quintette — Song for Abbey
Mardi 28 juillet 2026 à 21 heures
Labyrinthe Miró — Fondation Maeght
Festival de Saint-Paul de Vence — Classique & Jazz
Placement libre — tarif plein 38 €, tarif réduit 25 €
Musiciens :
Marion Rampal, voix
Matthis Pascaud, guitare
Simon Tailleu, contrebasse
Raphaël Chassin, batterie
Thibault Gomez, piano et Prophet
Visuel promotionnel officiel : Photo © Sylvain Gripoix — sculpture © Luce Couillet.
Sources officielles : Festival de Saint-Paul de Vence, Fondation Maeght, Victoires du Jazz et site officiel de Marion Rampal.