Bien avant que la Pinède Gould n’accueille les géants du jazz, une villa au bord de l’eau faisait déjà de Juan-les-Pins l’un des théâtres de la Jazz Age. Scott et Zelda Fitzgerald y vécurent un été de fêtes, de littérature et de liberté. Devenue Hôtel Belles Rives, la Villa Saint-Louis conserve la mémoire d’un moment où le jazz n’était pas encore un festival : il était une manière de vivre le temps.
1925, les Fitzgerald découvrent la Riviera
Scott et Zelda Fitzgerald arrivent sur la Côte d’Azur au milieu des années 1920. Ils fréquentent Gerald et Sara Murphy, Ernest Hemingway et une communauté d’artistes américains attirés par la lumière méditerranéenne. À Juan-les-Pins, ils louent la Villa Saint-Louis, installée directement face à la mer.
Le lieu offre une liberté nouvelle. La plage, les pins et les longues soirées composent un décor éloigné des conventions de l’Amérique puritaine. Fitzgerald y commence les premières pages de ce qui deviendra Tendre est la nuit, roman profondément marqué par la beauté et les fractures de la Riviera.
Le jazz comme climat moral
La Jazz Age ne désigne pas seulement un répertoire musical. Chez Fitzgerald, elle représente une époque de vitesse, d’excès, de désir et d’incertitude. Le jazz donne son rythme à une génération qui cherche à oublier la guerre tout en pressentant la fragilité de la fête.
À la Villa Saint-Louis, les soirées se déroulent au son de la musique et du champagne. Les conversations, les baignades, les rencontres et les fêtes participent à la construction d’un imaginaire international de Juan-les-Pins. La station devient l’un des lieux où s’invente la Riviera moderne.
De la villa à l’Hôtel Belles Rives
En 1929, Boma Estène et son épouse Simone acquièrent la propriété et la transforment en hôtel. Des extensions réalisées en 1930 et 1931 donnent au bâtiment sa silhouette Art déco. L’établissement prend le nom de Belles Rives et demeure depuis lors lié à la famille Estène.
Cette continuité familiale est exceptionnelle. Elle permet au lieu de conserver une mémoire cohérente, entretenue par les chambres, les objets, les récits et le Bar Fitzgerald. L’hôtel ne se contente pas d’utiliser le nom de l’écrivain : il s’efforce de faire vivre une histoire littéraire et culturelle.
Avant le festival, une matrice
Jazz à Juan naît en 1960, plusieurs décennies après le séjour des Fitzgerald. Pourtant, l’esprit du festival semble avoir été préparé par cette première communauté d’artistes et de voyageurs. La ville avait déjà appris à accueillir l’Amérique, la fête, la musique noire et les formes nouvelles de sociabilité.
Les Belles Rives représentent ainsi une matrice. Le jazz y est d’abord un imaginaire, un mode de vie et un langage de modernité. Plus tard, il deviendra une programmation internationale dans la Pinède. Entre les deux périodes, une même idée persiste : Juan-les-Pins comme territoire de liberté artistique.
Aux Belles Rives, le jazz n’était pas encore sur une affiche. Il était dans la nuit, dans les conversations et dans la lumière fragile d’un monde qui voulait oublier le temps.
Un patrimoine vivant, entre littérature et musique
Le Bar Fitzgerald, les archives de l’hôtel et les rendez-vous littéraires organisés sur place prolongent aujourd’hui une histoire qui ne relève pas d’un décor reconstitué. Aux Belles Rives, la mémoire des années folles demeure inscrite dans le paysage, dans les usages du lieu et dans sa relation à la création.
Pour Riviera Jazz Club, cet épisode permet de comprendre comment Juan-les-Pins a accueilli l’imaginaire du jazz avant même la naissance de son festival. La collection est destinée à mieux faire connaître ce patrimoine de documents et témoignages capables de relier plus précisément l’histoire de l’hôtel à celle de la vie musicale azuréenne.