Il existe des personnalités que le grand public connaît moins que les artistes placés sous les projecteurs, mais sans lesquelles une scène musicale ne pourrait pas durer. Pierre Demaria fut de celles-là : musicien, programmateur, découvreur et mémoire attentive du jazz à Nice.
Le jazz vécu de l’intérieur
Pierre Demaria n’observait pas le jazz depuis un bureau éloigné des musiciens. Il le connaissait de l’intérieur, par la pratique, les rencontres et les nuits de concert. Bassiste, il appartenait à cette génération pour laquelle la musique circulait entre les clubs, les répétitions, les festivals et les conversations prolongées après la scène.
À Nice, son nom s’inscrit dans un réseau de fidélités artistiques. Il fréquente les musiciens, accompagne leurs projets et participe à la construction d’une vie jazzistique qui ne se limite pas aux grands rendez-vous estivaux.
Faire vivre le jazz toute l’année
La Côte d’Azur bénéficie de festivals prestigieux, mais une scène ne peut exister uniquement quelques jours par an. Pierre Demaria l’avait compris. Son travail au CEDAC de Cimiez, puis autour de la Salle Stéphane-Grappelli, contribue à offrir au jazz un lieu régulier, accessible et attentif aux nouvelles générations.
Il programme des artistes reconnus, mais ouvre également les portes à des musiciens moins installés. Pour lui, la transmission ne relève pas d’un discours abstrait. Elle consiste à donner une date, une scène, une écoute et parfois la première chance décisive.
Le Burodujazz, une aventure collective
Pierre Demaria est également lié à l’histoire du Burodujazz, structure devenue l’un des acteurs essentiels du jazz niçois. Dans cette aventure collective, il retrouve une conception de la musique fondée sur la proximité, l’exigence et la circulation des idées.
Le Burodujazz ne cherche pas à fabriquer une institution distante. Il crée un point de rassemblement pour les musiciens et les amateurs, un endroit où les projets peuvent naître et où le jazz contemporain trouve sa place aux côtés de son histoire.
1997 : une année à la direction artistique du festival
En 1997, Pierre Demaria assure la direction artistique du Nice Jazz Festival. Cette responsabilité le place au cœur d’un événement dont l’histoire remonte à 1948 et qui a connu les années flamboyantes de la Grande Parade à Cimiez.
Diriger artistiquement un tel festival implique de respecter la mémoire sans s’y enfermer. Il faut entendre l’époque, repérer les courants nouveaux et construire des équilibres entre les grandes figures, les découvertes et les différentes familles du jazz.
Demaria connaît cette histoire, mais il ne la traite jamais comme un musée. Sa programmation reste celle d’un homme qui écoute encore, qui conserve la curiosité d’un musicien et qui refuse de réduire le jazz à une image figée.
Le passeur et les jeunes musiciens
Le Tremplin du Nice Jazz Festival devient un autre territoire de son engagement. Pierre Demaria y accompagne les artistes émergents avec une attention particulière. Il sait ce que représente une première sélection, un conseil juste ou la possibilité de jouer devant un public plus large.
Ce rôle de passeur est peut-être sa trace la plus profonde. Les programmations changent, les salles se transforment et les affiches disparaissent des murs. Ce qui demeure, ce sont les trajectoires humaines que l’on a aidées à se construire.
Une mémoire sans nostalgie
Pierre Demaria connaissait les récits de Cimiez, les grands concerts, les musiciens historiques et les personnalités qui avaient façonné le jazz local. Pourtant, sa mémoire n’était pas une nostalgie. Elle servait à relier les générations.
Il pouvait évoquer les figures disparues tout en se passionnant pour une nouvelle formation. Chez lui, l’héritage n’empêchait jamais le mouvement. Il donnait au contraire un socle à partir duquel les jeunes artistes pouvaient inventer leur propre langage.
Celui qui tenait le fil
Dans l’histoire du jazz sur la Côte d’Azur, Pierre Demaria représente ceux qui tiennent le fil entre les époques. Il relie les musiciens aux salles, les festivals à la vie quotidienne, les souvenirs aux projets futurs.
Son nom ne s’affichait pas toujours en très grand. Mais derrière de nombreux concerts, des rencontres et des carrières, il y avait son regard, son goût et sa fidélité.
Le jazz niçois lui doit une part de sa continuité. Une présence discrète, essentielle, qui continue de résonner chaque fois qu’une nouvelle génération monte sur scène.